4 avril 2018

Mon bilan curieux des candidatures valaisannes aux Jeux Olympiques d'hiver... 1er épisode

Daniel Rausis nous a transmis en vrac quelques notes éparses concernant l'histoire des JO en Valais et son regard subjectif sur la question à travers quelques archives:


Sion 1968 

En 1963, 12 767 oui, 13 076 non, le parti conservateur du haut et le comité du parti radical ont ordonné un vote négatif! Sembrancher balaie les jeux à 85 contre 47. Liddes à 53 contre 41. Le président du comité d'organisation a sa belle maison blanche à volets bleus à Chemin-Dessus où il est né, si bien que Vollèges accepte les jeux par 103 à 90. Bagnes plébiscite le projet du colonel Rodolphe Tissières, fondateur de Téléverbier par 78% des voix, alors qu'Ausserbin et cinq autres communes disent non à 100%.
Le conseil communal de Sion renonce le 10 décembre 1963.
Le même jour Michel Dénériaz lance un appel sur les ondes pour faire la quête dans toute la Suisse:

Cher confédéré,
L'heure est venue de nous rendre compte que nous sommes tous enfants d'une même maman.
Vous qui n'avez pas vu, mais qui avez imaginé nos frères valaisans se rendant aux urnes avant hier dimanche, certains mêmes à pied renonçant à prendre leurs 20 CV parce qu'elle brûle trop d'essence et devant déposer la mort dans l'âme un non irréversible dans l'urne pour sauver quelques sous d'une importance vitale, vous qui avez le coeur à la bonne place, vous allez vous-mêmes financer les jeux olympiques que le vieux pays, faute de moyen ne peux pas organiser...

Après l'interview délirant d'une caricature d'affairiste valaisan dont le rôle est tenu par un Claude Blanc très en forme. Emile Gardaz annonce un coup de fil d'un auditeur d'Interlaken qui annonce que la région est prête à organiser les jeux dans l'Oberland.

Ainsi le Valais n'aura ni les soucis financiers, ni les soucis administratifs de cette organisation.
Vive les jeux olympiques valaisan de l'Oberland Bernois, conclue Emile Gardaz.

Les jeux de 1968 se dérouleront à Grenoble. Va doucement, Killy.


Sion 1976 

Accepté par le canton, unanimité du conseil d'état, unanimité du grand conseil. mais le CIO choisit Denver le 11 mai 1970.
Les images ramenées par la Télévision romande sont parlantes. Le journaliste parle de Sion soixante-seize. Il manque les commentaires off. Mais on a de belles vues de Veysonnaz, Thyon, Anzère, Montana et Crans.
L'argument de choc est que la réalisation du tunnel du Rawyl va faciliter les choses!
Le désormais célèbre entrepreneur André Filipini prévoit la construction d'un tremplin dans la plaine vers les casernes.
Au moment du vote en été 1969, le Confédéré est un quotidien et le parti radical a changé sa consigne de vote. Simone Copt, femme du conseiller national Alors Copt encourage les hommes à voter oui. "Allons, Messieurs, faites vos Jeux..."
Le parti socialiste voit son comité et son congrès unanimes pour soutenir le projet.
Le colonel Tissières a laissé sa place au colonel-brigadier Philippe Henchoz, Sembrancher balaie toujours les jeux à 69 contre 31, Liddes passe dans le camp du oui et Vollèges dans celui du non! Bagnes frise à nouveau le 78% de oui. Monthey, St-Maurice, Martigny refusent malgré l'appel unanime des présidents de communes, mais cette fois le haut Valais accepte le projet. On y trouve à l'inverse de la dernière fois des communes avec 100% de oui.
Les jeux de 1976 se dérouleront à Innsbruck. Dans l'Inn coulent les eaux de St-Moritz.

Sion 1980 

Malgré le conseil communal et le conseil d’état qui décident de récidiver, le projet mené par le mêne comité que 1976 ne passera pas devant le peuple. L’opposition est menée par Henri Dallèves. Les jeux de 1980 se dérouleront à Lake Placid.

Sion 2002 

Une candidature que j'ai pu (un peu) observer de l'intérieur et je me suis beaucoup amusé.


En mai 1994, je m'étais un peu étalé pour la revue 13 étoiles dans ma chronique Droite Ligne, j'essayais de lire l'engagement olympique de Bernard Comby comme une tentative de doubler Pascal Couchepin dans son accession au conseil fédéral. J'avais réussi aussi à prédire plus d'une année à l'avance l'attribution des jeux à Salt Lake City! En imaginant que Pascal Couchepin serait peut-être président, ce qu'il sera en 2003.

En descendant de l'Olympe:


Il y a de l'air dans le gaz en ce joli mois de mai. De cet air dont on fait la chanson, de ces chansons dont on fait l'opéra-bouffe, autant dire que le temps au lyrisme. Et je ne dis pas ça parce que Pascal Couchepin a présidé le comité d'organisation de la 24ème fête cantonale de chant et qu'il a su, dans l'enceinte du Cerm, célébrer la joie de chanter tout en vantant le Martigny culturel, "pays de dialogue entre la tradition et la modernité". (A sa place j'aurais risqué: "le Martigny commercial qui juxtapose folklore et post-modernité".) Car si Pascal Couchepin veut bien chanter la messe aux chantres, son lyrisme s'arrête au festival et il n'aime pas les bigots.

Après avoir dénoncé une certaine "bigoterie olympique", avec cette condescendance qui attribue à ses adversaires (quel que soit le débat d'ailleurs) une naïveté rafraîchissante, un enthousiasme risqué ou un amateurisme généreux, Pascal Couchepin, en bon radical, n'a pas voulu paraître limiter la liberté d'entreprendre, dut-elle contraindre à un peu plus d'Etat.
Sommé de clarifier son opinion dans le NF par une lettre ouverte de Jean-Pierre Ramseyer, il ne peut s'empêcher de se dire très touché par la sollicitude du banquier et lui rend une politesse tendre et pointue. Couchepin dira oui.
On lira avec attention l'Hebdo du même jour; à la question: "Pourquoi ne dites-vous pas FRANCHEMENT non aux JO?", Couchepin répond: "Parce que je voterai PROBABLEMENT oui le 12 juin prochain."
Et d'en profiter encore pour dénoncer le "lyrisme malsain" de cette campagne.
Le lyrisme ne suffit pas, il faut oser l'intelligence.

Retour au NF du même jour où l'on apprend la maladresse du comité de candidature, qui avant de rencontrer Pascal Couchepin, a déjà annoncé que le Cerm de Martigny ne sera pas utilisé comme centre de presse pour les improbables JO.
C'est dans le même Cerm que se déroule au même instant le congrès européen des cadres des sociétés d'électricité et de gaz. Amusants échanges de bons mots entre Delamuraz et Couchepin, le second présentant le premier comme "le meilleur conseiller fédéral puisqu'il est le plus âgé", celui-ci connaissant la musique lui rendant la politesse sur le même air en le saluant comme "le plus beau spécimen du Parlement habité d'intelligences supérieures." Et Delamuraz de parler du 6 décembre: "Nous n'avons pas été assez lyriques et sentimentaux pour faire passer le message". Et toc tout est dit ici.
L'intelligence ne suffit pas, il faut oser le lyrisme.



Retour à l'Hebdo du même jour, événement historique pour ce magazine qui, à une exception près, a toujours flatté Couchepin et pourtant semble ici le menacer, alors qu'il ose déplorer le peu d'envergure du comité de candidature olympique: "On prête de plus en plus en Valais de nouvelles ambitions politiques à Bernard Comby. Le radical qui est vice-président du comité de candidature des Jeux olympiques ferait un candidat au Conseil fédéral acceptable..." lit-on sur la page à côté. Tiens, tiens. (Après tout la logique est respectée: KOpp, COtti, Kohler, alors pourquoi pas COmby plutôt que Couchepin?)

Voici donc au 20 mai l'explicitation médiatique de deux cultures politiques qui s'affrontent, les résolutions européennes lyriques de Delamuraz viennent éclairer le lyrisme olympique résolu de Comby; entre eux, Couchepin, son calme olympien fouetté par le souffle glacial du prosaïsme municipal intelligent garde la tête froide: "Je suis président de Martigny et je ne sais toujours pas si nous devons (pourquoi dit-il soudain"nous"?) construire une nouvelle patinoire."

L'un des trois peut-être sera président (de quoi?) en 2002 et il assistera certainement à l'allumage de la vasque olympique en mondiovision.
Mais ceci ne rajoutera que peu de piment à l'histoire poivrée de Salt Lake City, ce pays de dialogue entre la tradition mormone et la bigoterie moderne. 

Assez bon soutien populaire mais le CIO choisit Salt Lake City.




Sembrancher qui avait refusé les jeux de 1968 et de 1976 se distingue encore une fois avec un étonnant fifty fifty: 178 non pour 178 oui.
Je me risque au calembour, Sion Sembrancher?
Monthey refuse de nouveau, Martigny fait un tout petit oui à 50,8%. Brig et son district refusent les jeux. Le vice-président du comité est Bernard Comby qui est soupçonné d'en faire un tremplin politique. Comme présidente du parti radical qui a soutenu le projet, Cilette Cretton remarque qu'il ne s'agit pas du plébiscite que certains espéraient.
Ce jour-là le Valais refuse la naturalisation facilitée des jeunes immigrés et les casques bleus. Tu parles d'une ouverture!
Dans le comité de candidature on trouve Jean-Noël Rey et Georgie Lamon qui tomberont sous les balles en 2016 au Burkina-Faso.
En mars 1998, Pascal Couchepin défile à Martigny comme nouveau conseiller fédéral, dans le cortège les drapeaux de Sion 2006 annoncent une attendue victoire...
La bigoterie olympique a recommencé.
Mais dans le cortège quelques trublions prophétisent déjà la désillusion à venir.

(à suivre)

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